Faire partie d’une communauté, faire partie de…

Je me souviens de ma toute première sortie en moto, une Harley-Davidson,  comme on se souvient de notre toute première vraie blonde.

J’avais acheté ma première Harley en février, nous étions fin avril et j’avais déjà enfilé mon jacket des dizaines de fois durant l’hiver, seulement pour voir si les manches étaient bien ajustées. Peut-être aussi un peu pour me regarder, voir de quoi j’avais l’air.

Mon Harley, le mien à moi tout seul, je l’avais chevauché et caressé tout l’hiver. Il avait quand même passé toute la saison morte devant les portes françaises de mon salon qui donnait sur le lac.

Joé Champagne

Joé Champagne

Arriva enfin le grand jour! J’ai appelé des amis pour m’aider à sortir la bête, lui faire descendre les cinq marches du patio. L’allée pour se rendre au chemin était encore enneigée, normal, je suis en Abitibi. J’entendais de l’autre côté du lac le son d’un autre Harley. Ça y était! Mon chum allait arriver, je capotais, le casque déjà sur la tête, le jacket et les gants attachés. Je n’étais pas encore partie et j’avais froid, mais pas question de me changer, j’avais visualisé des dizaines de fois ce départ tant attendu avec mon Harley-Davidson.

Nous voilà partis! Je l’ai laissé passer en tête, il fallait bien que je dompte ma bête. Premier virage, je me suis déporté sur la gauche, j’ai rétabli la situation, shifté en troisième, échappé la clutch, un peu de dérapage. Puis, naturellement je me trouvai bien en selle. Je me faisais sécher les dents. Dans ma tête tout détalait : est-ce que je salue les motos sport? Les japonaises? Les motoneiges d’été? Je croisai une première moto : je restai de glace, il s’agissait d’une japonaise et je roulais en Harley-Davidson. Je n’ai pas éprouvé de plaisir à le faire, mais bon, lorsque je croisai une deuxième japonaise, je levai, si on peut appeler ça lever, l’index et le majeur de la poignée. Je me sentais tellement ridicule. Ça y était, le tripeux de moto était né, la prochaine que j’allais croiser, je la saluerais, ma décision est prise. Repris d’une frénésie, je saluai toutes les suivantes comme une mascotte voulant attirer l’attention d’un enfant de deux ans, j’ai eu l’air du bonhomme carnaval en plein été.

Tel un pêcheur solitaire avec sa ligne ne pensant qu’à son poisson, j’ai roulé sur ma monture, seul avec moi-même et la route durant de longs moments.

Des milliers de kilomètres me séparent aujourd’hui de cette première sortie. J’ai vu des paysages incroyables, vécu des aventures mémorables, mais par-dessus tout, j’ai rencontré une communauté, des gens passionnés qui sont en quelque sorte devenus des amis, de la famille.

Certains croisent nos chemins, certains prennent un virage différent et d’autres roulent à nos côtés depuis toujours. Mais tous laissent une trace.

Si jamais vous croisez en moto un barbu qui fait de l’attitude, un peu trop de bonne humeur, levez donc la main.

– Joe

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Comments (2)

  1. Bill

    No matter how young or old once a rider away’s a rider.
    Times change, Bikes changes, but the true Biker never change.
    Respect The Biker.

  2. Jerry

    Salut Joe
    J’avais un grand sourire en te lisant tu a résumé ta first ride comme si c’était moi.
    En enfilant mes gants j’étais stressé comme si j’allais faire un show.

    Si y fait beau (sécuritaire) le 15 mars guess what brother…

    Jerry

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